Le récit des origines

Histoire & Mythologie

Le récit des origines

L'histoire du monde n'est connue des gandari que par le Mubarashta, récit épique et

mythologique inscrivant les temps anciens dans une geste céleste opposant les dives ennemis :

les askyas de la lumière et les apsurs des ténèbres. Le Mubarashta, œuvre d'un derviche

humiréen, le célèbre Nabarzane, est la seule historiographie autorisée dans l'empire gandari.

Pourtant les érudits de la confrérie sérapéenne ont compulsé des versions contradictoires à ce

récit dans leurs « dédales », ces bibliothèques réservées à leurs confrères, et considérées par

les autorités comme des lieux d'égarement mental et moral. Le dédale impérial de Lazareth a

fait sa réputation sur le recensement de toutes les traditions orales offrant des versions

alternatives, unifiées dans la Clepsydre, chronologie secrète de l'histoire, bâtie autour du

Mubarashta.

Selon le Mubarashta, le monde est jeune, et encore en proie au désordre, induit par la Discorde

entre les dives sous l'influence des Essences et de la Roue Suprême. Après le règne ancien

des sombres apsûrs, le monde connu une ère de lumière avec l'influence des askyas et l'exil de

premiers dives, mais ceux-ci, ruminant certainement leur vengeance, semblent peu à peu

éclipser les rêves de civilisation libre et moderne. L'écho de la loi des askyas semble désormais

se perdre dans un silence tapageur qui augure la venue du Chant de la Sentence des apsûrs,

l'heure de la revanche.

On doit ainsi comprendre que le Mubarashta situe l'histoire dans un combat sacré, et la

Clepsydre s'en fait l'écho. Celle-ci montre cependant que les ténèbres et les lumières sont

déchirées toutes deux par des querelles intestines, dont on attribue la cause à la Roue

Suprême.

Il en ressort que les royaumes et les empires s'érigent sur les cendres de leurs prédécesseurs,

que tout est périssable et voué à l'entropie. Ainsi l'hégémonie d'un paradigme politique entraîne-

t-il inéluctablement son remplacement, et presque toujours dans la violence.

Le Cycle des Apsûrs

L’Énigme des Temps Ancestraux : Les Almadors

La Clepsydre fait remonter les origines de Gandariah à la civilisation Almador, originaire des

côtes immergées du Baktyrane, où dans les profondeurs gît l'ancienne cité d'Idaris, berceau de

la civilisation. Cette cité est réputée avoir été fondée par les dives, vivant alors dans le monde,

surveillant la jeunesse de l'homme. Mais c'est dans cette aube des Ages Sombres que l'on situe

le « déluge de l'orient ».

Les vestiges tardifs de la civilisation almador sont concentrés sur la côte Mahane. On y trouve

un « livre de pierre » qui conte l'apogée des nisnas, cyclopes aux membres décharnés aillant

amené la forge, et leur domination de l'humanité: il s'agit de la cité maudite de Bahavnagar où

plane encore un pouvoir perfide capable de ronger les esprits. Cette seconde civilisation

almador, prompte aux sacrifices humains fut suivie d'un éclatement et d'un déclin des

techniques, essaimant des cités-états comme Qeramish ou Nafis-An-Ke sur tout le continent

gandari. Ces lieux lugubres à demi oubliés sont contournés par les routes caravanières, car

considérés comme hantés par le mal. Pourtant, l'énigme que représente la civilisation almador

poussent la confrérie sérapéenne à mener des fouilles archéologiques, et nombreux sont les

chercheurs de trésors qui espèrent recevoir un tas d'or en rapportant quelque artefact

exceptionnel dans les vestiges almadors. On raconte que leurs cités étaient bâties autour de

temples et de pyramides édifiés comme mausolés des rois nisnas, et certaines tribus honorent

encore les pactes qui les lient à ces sépultures en y offrant les victimes de leurs razzias

capturées sur les routes commerciales. Selon des légendes populaires aux abords de ces

antiques vestiges, les rois nisnas seraient dans une demi-vie entretenue par le sang, un état

que l'on nomme vampire ou Lémure.

Les Royaumes Wadjatéen et Krakéite

Cette période intermédiaire fut marquée par l'émergence de cultures baroques racontant la

rencontre des hommes avec deux races destructrices : les afreti du Juhubba et les modjosh des

mers de l'ouest. Avec la venue de ces deux peuples magiques, ce fut le déclin des nisnas.

On voit alors émerger le royaume Wadjatéen dans le massif du Melek Midrash et le royaume

Krakéite à Pelagoria. Ces deux là domineront l'époque, influencés réciproquement par les afreti

et les modjosh. Ils donneront chacun un grand souverain célèbre ; les Wadjatéens auront leur

age de gloire avec le pontife Azzörah-Shîn et son règne de fer promu par les sortilèges les plus

sombres du pranisme. les Krakéens quant à eux pilleront et massacreront depuis Pelagoria

dans toutes les mers occidentales derrière l'exemple de Yalar le Terrible. C'est dans ce

contexte que naîtra la culture qualabéenne et que seront érigés les premiers ksars du Massir

pour garantir la résistance aux invasions des uns et au pillage des autres.

Le monde connu alors un chaos culminant dans un fléau de la nature, le fléau des Sangs

Brûlants. Alors que l'érosion et les tremblements de terre redoublaient, qu'émergeaient des

volcans en plein désert, toute vie semblait absorbée par l'unique ambition de tuer et de dévorer

les tribus voisines ou les enfants non désirés. C'est du moins dans ce contexte que le

Mubarashta situe l'arrivée sur terre d'Aramidras, l'avatar du dive askya Mezdahor et le père des

héros de la lignée Banu Armadar. Leurs oracles de mères, les Vestales du Sable, épouses du

prophète Aramidras, les guidèrent dans des quêtes qui leur permirent de découvrir la magie des

Imprécations et de libérer l'humanité du règne de fer des Wadjatéens. On raconte encore la

geste de Khal Gamish et Khal Yekeb, ces héros de jadis qui mirent fin au règne des royaumes

Wadjatéen et Krakéen.

Le Cycle des Askyas

L’Émergence d'une Société Mazdim, les Sargonides

Cette geste prend place dans une période intermédiaire mal connue, que l'on pense en proie au

chaos révolutionnaire de la Secte des Sphinges, le parti des Banu Armadar, serviteurs du dive

askya Mezdahor. Ce dont on est sûr, c'est que la Secte des Sphinges édifia le royaume de

Bazilence sur le Livre des Sphinges, premier code de loi digne de ce nom, code auquel les

mazdim sont toujours attachés. C'est là que s'achèvent les Ages Sombres selon la Clepsydre.

La Bazilence aurait alors lutté contre le Clan Nocturne, les vampires, ce qui força la lumière à

paraître en personne. Ishkaladar, que l'on dit avatar du dieu solaire Shamash lui-même, monta

sur le trône de Bazilence et entrepris d'étendre ce royaume. C'est là que sa civilisation, les

Sargonide colonisent et conquièrent le Shadiraï. Le paradigme politique est celui d'une loi rude

mais offrant quelques libéralités, capable de convaincre tous les peuples d'accepter son joug.

Par la guerre et les stratégies matrimoniales, Ishkaladar rallie tout Gandariah du Massir au

Maha, fondant une capitale administrative à Izkandaraï qu'il ne verra jamais. Pris de folie dans

la mythique Cité des Délices du Maha, il se donnera la mort. Ses généraux se partagèrent

l'empire qu'il avait fondé, et Gandariah devenait une coalition de califats, établissant le centre

du régime confédéral à Balad-al-Jamah, atour du trône de cristal, vacant, d'Ishkaladar.

La religion mazdim fut alors dominante, et c'est durant l'empire des califes que Nabarzane

récite, sous le regard des idoles, le récit du Mubarashta pour célébrer l'entreprise de l'Age de

Lumière. Néanmoins, là où la religion mazdim vantait d'édification d'un coin de paradis sur terre,

le prophète Felazzar, arpentant le Maha, prêcha le détachement du monde – prison dont il

fallait se délivrer. Le fellazarisme se propagea parmi les gens de peu, entraînant une crise

politique, la remise en question du Livre des Sphinges.

Mareg Neb et les alamites, réformes dans les cultes sargonides

C'est dans ce contexte qu'apparu une autre grande figure, Mareg Neb, un maître spirituel qui

influença le règne du calife Garapal de Shadiraï. Ce dernier adjoindra ses Sûrât au Livre des

Sphinges pour offrir une vision capable d'assouplir les mœurs et de répondre aux aspirations

mystiques du piétisme fellazarite. La différence sociale est de taille, car là où les fellazarites

s'abstiennent de tout, Mareg Neb vante l'écoute de soi, de l'enthousiasme, la recherche d'une

vérité personnelle.

Cette réforme du mazdimisme, dite réforme ahorite, ne fut pas du goût de tous, et les plus

traditionalistes, attachés à leurs prérogatives et au contrôle social continuaient de réclamer

l'application stricte du Livre des Sphinges, clamant qu'il fut révélé en guise d'alliance de

Mezdahor pour le salut de la société des humains.

Les querelles de religion s'accroissaient alors entre les califes, poussant chacun d'entre eux à

se positionner. Le Calife de Bazilence adoptera à l'occasion un fellazarisme réformé,

l'ekklaisme. A cette époque s'ouvre un conflit entre les califes ekklaistes, mazdim et ahorites,

qui abouti au diktat de Klossov, ekklaiste, et au déplacement de la capitale impériale de Balad-

al-Jama à Atka'ab dans le delta. Là, les alamites du golfe règnent sur Gandariah, tenant les

califes en otage.

Ce diktat se solde par l'émergence d'une dynastie alamite dont le fondateur ekklaiste est le très

craint Janeb-Râ.

Le Cycle de Pénombre

L'Apparition des Kshayatrim

Rapidement, l'Age de Lumière bascule dans l'Age de la Pénombre. Le prophète Sanarel de

Maketh relance le culte des dives apsûrs, la religion kshayatrim destinée à offrir aux élus de

Shayatz un règne de plaisirs sur terre, en toute impunité. Dans un premier temps, les alamites

tentent d'éradiquer le kshayatrisme, mais c'est un échec cuisant qui leur coûtera leur

domination sur la confédération des royaumes. Abdu Razaq Ba-Ya-Reptha, nouveau calife du

Tahuguthân, issu de la région du Taggoth officialise la reconnaissance du culte kshayatrim et

de ses rites, leur permettant de participer au pèlerinage d'Atka'ab. Le trône du Tahuguthan est

alors banni de Balad-al-Jamah où s'exile temporairement la confédération des califes. Cet exil

initial entraîne le délitement des attachements mutuels entre les royaumes, qui désirent

bénéficier des avantages de l'indépendance. On assiste alors à la Diaspora des Trônes. Les

califats deviennent des royaumes fiers et farouches.

Il ne faut que quelques générations pour que le nouveau calife du Tahuguthan, Ibn Razaq

Anobmosis impose le kshayatrisme sur tout son royaume, exhumant les restes de Azzöra-shîn

pour les conduire dans un mausolée qu'il lui fait édifier au Melek Midrash. Par la même

occasion Anobmosis impose le Code du Cobra, une codification militaro-politique de la tyrannie

des Ages Sombres qu'il tâche de restaurer, mettant les alamites en esclavage. C'est également

à cette époque qu'est rédigée le Chant de la Sentence qui situe Mezdahor comme un ange du

démiurge Eldobos, l'ayant trahi en provoquant l'insurrection des hommes et la destruction

d'Idaris.

Les successeurs d'Ibn Razaq Anobmosis œuvrent à diffuser la Sombre Doctrine dans les neuf

royaumes. Quelques décennies plus tard, la secte kshayatrim du Maha organise le massacre

sacrificiel de toute la lignée royale de Rajadartha. Le Maha est livré au chaos, et seule

l'intervention des Rakshasa sauve le Maha du totalitarisme kshayatrim.

Le Renouveau des Kalderades

Dans cette nouvelle période intermédiaire, les Confréries émergent pour dépasser les querelles

politiques et unifier la noblesse gandari. Mais alors que la doctrine kshayatrim orchestre partout

des conspirations terroristes, Kalder I er du Shadiraï obtient l'agrément des rois dans la guerre

qui les opposa les uns après les autres au Tahuguthan d'Anobmosès III. Kalder réclame le titre

de Roi des Rois en échange de la victoire, s'il l'obtient. Les trônes acceptent sa revendication et

ses conditions. Lors d'une bataille épique menée par l'Invincible Légion, les Gardes-Rokks du

Massir et les Galères-Tortues de la Bazilence, Atka'ab puis Maketh sont prises aux kshayatrim,

et la dynastie du Taggoth fini assassinée par ses prêtres. Ceux-ci remettent les clefs de la ville

à Kalder.

Un nouveau règne commence, celui de l'Empire de la dynastie Kalderade, qui place des califes

alamites, à la tête du Tahugûthan. Sous la garde de l'empereur, les royaumes conservent leur

liberté en échange d'un impôt au trésor impérial qui alimente une armée fédérale.

On parle alors de la fédération d'Izkandaraï, et c'est dans ces temps, toujours agités par les

résurgences kshayatrim que se présentent les Légendes de Gandariah. Le Clepsydre cède ici à

l'aventure, l'alchimie prend son essor, apportant d'innombrables innovations techniques et la loi

Ahorite s'impose comme culte officiel et loi de l'empire.